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Bernard Thimonnier

La Chapelle St Etienne,

BEAUGENCY

Le 15/04/2011

 

Bernard Thimonnier, sculpteur plasticien, venu du Sancerrois, a pris possession de St Etienne, notre chapelle romane de Saint Sépulcre, après les Chapelles de Bourges et de Vendôme.
L'artiste s'inspire manifestement de l'espace monumental comme de la diffusion spirituelle et mystique qui s'en dégage.

Il aime à révéler la vérité brute de la matière, dans des apparitions chocs, une métaphysique existentielle. Le travail de Bernard Thimonnier porte une réflexion sur l'union des matières : bois, plomb, pierre, cire, papier. Les matériaux élémentaires se superposent et s'épousent dans une brutalité harmonieuse, une confrontation directe.

L'artiste, aimant les arts premiers, professe que la matière importe moins que le sens qu'on lui donne. Il ne viole pas la matière brute, il lui garde sa forme primitive.

Le résultat est impressionnant. Dans la nef, monolithes et statues, pierres, métal, bois, accueil le visiteur : oiseaux, marabouts, ou grands ducs, hiératiques, totems claniques des arts primitifs comme des statues de l’Île de Pâques.

Aux extrémités du transept, deux grandes fresques à la cire d'abeille, pratiquement monochrome reçoivent la lumière, luisant a leur manière, révélant un triptyque obscur, fenêtre donnant sur l’extérieur ou l’intérieur, cellule sans rêve d’évasion ou lucarne d'espoir.

Des armoires monumentales noires à parements blancs, se dressent, comme s'il s'agissait d'ouvrir les portes de la nuit.

La mollesse , la ductilité du plomb étreint, enveloppe la pierre dure, la pyrite à l'état natif.

Une certaine renaissance confuse du milieu originel de la genèse ou du big-bang primal.

L'artiste intègre toutes les tendances de l'art contemporain depuis l'art primitif jusqu'aux matièrisme minimaliste ; télescopage fusionnel, passionnel entre la pierre, le métal, le papier, la cire ; sans céder a la facilité. Une ascèse intérieure contient le flux des sensations qui implosent dans la densité de l’œuvre, mais dont le contenu rapidement émet sont rayonnement vibratoire intense.

Les sculptures, les peintures de Bernard Thimonnier, exsudent un flux mystique qui s'élance vers les voûtes romanes, en parfaite harmonie avec les lieux : Kandinsky à propos « du spirituel dans l'art » écrit : « La couleur est le clavier, l’œil est le marteau, l’âme est le piano à multiple corde. L'artiste est la main qui, manie d'un clé, d'un pinceau, ou d'un ciseau, d'un burin amène l’âme humaine à vibrer. »

« Alors, se dit cet artiste, je pourrai inventer des âmes » , en se référant a cette chapelle dont les vitraux de Jean Dominique Fleury, par leur abstraction colorée font naître des champs spirituels en prise directe avec la matière.

Art abstrait, matièrisme, trop contemporain diront certains esprits chagrins. Plus d'un siècle après son éclosion, cet art qu'il soit gestuel, géométrique lyrique ou aléatoire, peine toujours a pénétrer notre esprit. Qu'y-a-t-il a comprendre ? Rien et tout. Il suffit de voir, de ressentir, de s’imprégner, d'éprouver : contact direct, brut, palpable, riche et signifiant.

Il y a quelque siècles, Dante Alighieri, écrivait déjà: « Non qu'en elles-mêmes, ces choses soient obscures, mais c'est défaut, venant de notre coté, qui n'a pas encore la vue assez hardie, comme je le fis pour faire des miroirs meilleurs de mes yeux, m'inclinant qui va coulant pour qu'on s’améliore. »

« Faire des miroirs meilleurs de nos yeux ».

N'est-ce pas la plus belle manière d'appréhender, d’apprécier les œuvres de Bernard Thimonnier, de se les approprier, dans cette pénombre voulue de l'aube des temps et non du crépuscule des Dieux, ce clair obscur qui incite à la méditation esthétique, dans notre église romane ?

Permettez moi de conclure, avec Roger Toulouse qui s'exclamait : «  Voilà un artiste qui met la découpe de son inconscient sur la toile et dans la pierre ! »

Claude FAUTREL,

Le 13/04/2011